Société

Stéphane Beaudet : « Gérer une crise, c’est assurer de l’infiniment grand à l’infiniment petit »

Après fièrement avoir été réélu dès le premier tour des municipales d’Evry-Courcouronnes en mars dernier, comme des milliers de maires en France, Stéphane Beaudet fait face à un défi de taille : celui de diriger une ville en pleine crise sanitaire. Entretien avec un élu conscient, inquiet mais débordant d’espoir.

Dans cet état de crise sanitaire sans précédent, comment gère-t-on une mairie ?

Difficilement. On est dans un télétravail de crise puisqu’il n’y a pas d’heure, pas de limite. Ce sont tous les jours des centaines de messages de cinq heures du matin jusqu’à minuit. C’est valable pour le maire, mais également pour mes équipes puisque c’est le cas aussi pour une majorité de nos 1600 agents à la mairie d’Evry-Courcouronnes. Pourtant, j’ai la chance d’avoir une mobilisation incroyable à la fois des élus, des agents et de la direction générale. J’aime à rappeler qu’une mairie c’est plus d’une centaine de métiers. Cela va de l’infiniment grand à l’infiniment petit et gérer une crise, c’est aussi assurer de l’infiniment grand à l’infiniment petit. 

Dès le 17 mars, date du confinement généralisé en France, la priorité était donc de maintenir les services de la municipalité opérationnels ?

Dès le début, le dispositif a été d’être prêt à agir dans ce qui est notre champ d’actions habituelles. Cela va de la gestion du budget, le paiement des entreprises, la programmation des travaux, le décalage des mariages, les procédures d’état civil. C’est aussi la mobilisation de nos agents pour accueillir les enfants de nos personnels soignants dans nos centres de loisirs. Mais également l’organisation d’une grande chaîne de solidarité pour les personnes isolées, car il a fallu appeler près de 5000 de nos seniors un par un. Un par un ! Et donc ce sont les bénévoles, les élus, les agents qui s’y sont mis pour prendre des nouvelles. Ce qui plaît bien évidemment beaucoup.

D’un point de vue technique, comment votre mairie s’est adaptée à ce contexte inédit ?

Ça été très vite. Là encore un grand coup de chapeau à nos agents. D’abord, on a la pratique du télétravail sur la ville. On ne l’avait pas massivement, mais on sait faire. Très rapidement, on s’est organisé pour que ce savoir-faire se développe sur un nombre d’agents qui n’étaient pas habituellement dans cette démarche. Pour ceux qui ont un ordinateur portable dans le cadre de leur fonction, c’est assez facile. En revanche, pour ceux qui ont un poste fixe dans leur bureau, on est carrément allé les déménager en prenant les tours dans les bureaux. On a réussi un par un à lever toutes ces difficultés. 

« Lorsque vous êtes dans une crise comme celle-là, la vérité du jour n’est pas celle du lendemain »

Est-ce que le confinement est bien respecté dans votre ville et comment faites-vous pour vous en assurer ?

Je suis assez surpris de l’obéissance quasi générale toutes générations confondues. Il a y très peu de personnes dans la rue. Les conditions de confinement dans une ville comme la notre sont très rudes. Nous avons énormément de petits logements avec à l’intérieur de grande famille. Ceux qui sont cinq ou six dans un deux-pièces cela doit être l’enfer et en plus c’est le printemps avec le retour des beaux jours. Pourtant, je trouve quand même que les habitants d’Evry-Courcouronnes toute génération sont assez obéissants dans une ville dense comme la nôtre. 

Concernant la sécurité, la police municipale fait un travail assez colossal. Certains estiment que ne l’on en fait pas assez, mais il faut savoir qu’il y a une ville de 120 kilomètres de rues à surveiller en permanence.

Comment faites-vous pour garder un quelconque contact avec vos habitants ?

Écoutez, j’ai une chance incroyable, c’est que je suis suivi par plus de 12 000 habitants à travers mes réseaux sociaux. Voyez, la vidéo [NDRL message adressé aux habitants d’Evry-Courcouronnes le 7 avril] a été vu par près de 8000 personnes. C’est considérable ! Alors on essaye comme on peut, je ne peux pas avoir d’autres formes de relations mais cela fonctionne. 

Et pour ceux qui sont coupés du réseau numérique, ce sont nos élus à travers leur mandat ou bénévolement qui sont sortis la semaine dernière distribuer des tracs expliquant les dispositifs que l’on a mis en ligne à la disposition notamment des personnes isolées. Je trouve que là aussi, c’est un bel exemple de geste solidaire. On pourrait nous rétorquer que c’est notre boulot, très bien, mais tout le monde ne le fait pas. 

En tant que président de l’association des maires d’Ile-de-France, quels sont les dispositifs mis en place par l’Amif ?

L’Association des maires d’Île-de-France est une association pivot qui a un rôle descendant et ascendant. Descendant en reprenant toutes les directives nationales, voire régionales, puis les faire redescendre dans les territoires en les expliquant. C’est aussi un élément ascendant. J’ai la chance par cette association d’être bien entendu autant par l’Elysée, Matignon que par de nombreux ministres au sujet des difficultés d’ordre juridique, financier, budgétaire. Exemple très concret, le Premier ministre annonce il y a trois semaines la fermeture des marchés forains sauf pour les territoires ruraux. Et bien au titre de l’Amif, j’explique aux ministres que dans nos quartiers populaires nous en avons réellement besoin. Si ces marchés disparaissent, on est alors confronté à deux problématiques : cette population manque de denrées puisqu’il n’y a plus de réassort et on fait exploser les prix créant ainsi une inégalité sociale. Fort heureusement, on a été entendu avec le retour des marchés forains. 

Propos recueillis par Emmanuel Pierre

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3 commentaires

  1. je trouve que Monsieur le Maire fait bien son travail , moi je ne saurai pas faire seule ce qui fait lui même , merci merci MONSIEUR BEAUDET pour ce travail ,mes sentiments les meilleurs.

  2. je n’ai rien à dire a part le fouilli qui me gène pour la propretée qui dans notre rue et ne suis pas la seule ,mais pour le moment vous avez autre chose à faire …..qui me gène quand quelqu’un passe .

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